La mode féminine au temps de Marcel Proust

La mode féminine au temps de Marcel Proust

Journées musicales Marcel Proust

Cette exposition a été demandée par Monsieur Pierre IVANOFF de l'Association LES AMIS DE VINTEUIL dans le cadre de la 3ème édition des Journées Musicales Marcel PROUST à Cabourg.

Pour cette édition de 2016, l'association LES MODES AU FIL DU TEMPS a choisi de présenter les tenues des femmes de l'univers de Marcel PROUST du lever du lit à la fin de la soirée et plus particulièrement dans la société croisée par Marcel PROUST au Grand Hôtel de Cabourg entre 1907 et 1914, société composée d'élégantes issues de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie parisienne et de quelques actrices en vogue durant ce qui sera appelée ensuite "La Belle Epoque".

Illustration sur le thème "Venise" par Jean-Pierre GIBRAT pour les Journées Musicales Marcel Proust

Le Grand Hôtel de Cabourg

A l'été 1907, la Belle Epoque voit l'apogée de la Côte Fleurie.

Pour soigner son asthme chronique, Marcel PROUST part pour la station balnéaire de Cabourg et choisit de séjourner au Grand Hôtel qui vient d'ouvrir ses portes.

Les modes au fil du temps

La Belle Epoque

La Belle Epoque se caractérise notamment par les grandes découvertes, les congrès scientifiques et les expositions universelles, mais aussi par la vie parisienne, le naturalisme, l'exotisme et l'exploration de voies nouvelles dans les arts, la littérature, la poésie et le théâtre.

La mode féminine durant cette période se caractérise par une silhouette dans le goût de l'Art Nouveau avec des lignes souples, des courbes, des volutes et des dentelles. Cette silhouette perdra progressivement de l'ampleur et, à partir de 1906, le corset sera progressivement abandonné pour donner naissance à la femme moderne à la silhouette longiligne.

La Haute Couture suit l’avènement sous le Second Empire des maisons de mode, telles que celles de Charles WORTH, Emile PINGAT ou Madeleine LAFERRIERE. Bien d'autres maisons vont faire la notoriété de la mode française, de Jeanne LANVIN, à Jacques DOUCET , à Jeanne PAQUIN, ou encore à Paul POIRET, précurseur du style ART DECO.

Chaque mannequin exposé sera illustré d'un extrait du roman "Du coté de chez Swann" et de quelques extraits d'un ouvrage de Mode de 1910.

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Les déshabillés de la Belle Epoque:

".... Mais si Madame SWANN était restée toute la matinée chez elle, quand elle arrivait dans le salon, c'était vêtue d'un peignoir en crêpe de Chine de couleur claire qui me semblait plus élégant que toutes les robes."

"... Mon père et ma mère restèrent seuls et s'assirent un instant puis mon père dit: " Hé bien! si tu veux, nous allons monter nous coucher. -Si tu veux, mon ami ... mais j’aperçois de la lumière dans l'office et puisque la pauvre Françoise m'a attendu, je vais lui demander de dégrafer mon corsage pendant que tu vas te déshabiller."

"...Swann avait oublié son étui à cigarettes chez Odette.... En se rendant chez elle ce jour-là.... elle était un peu souffrante, elle le reçut en peignoir de crêpe de Chine mauve, ramenant sur sa poitrine, comme un manteau, une étoffe richement brodée..."

Les modes au fil du temps

Déshabillé vers 1907:

un déshabillé ou saut-de-lit en coton imprimé de feuilles stylisées, avec un large col et un volant en mousseline de lin imprimée de gros pois, bordé d'une dentelle Valenciennes et fermé par un nœud en satin de soie vert d'eau.

Déshabillé sur mannequin couture vers 1911-1913:

un déshabillé en mousseline de soie ivoire gaufrée, à la taille haute et marquée par un départ de basque au creux du dos. Les mancherons en laize de dentelles couvrent les épaules et le dos et se retournent en deux pans sur le devant. Un plastron en tulle plissé ferme le col et les manches bouffants s'arrêtent aux coudes par un volant de dentelles.

Robe "Réforme" vers 1905-1912:

un mouvement d'opposition à la mode française voit le jour en Allemagne entre 1880 et 1890 notamment chez les hygiénistes, féministes et nationalistes d'Outre-Rhin qui prônent la "réforme du vêtement", d'où le terme de "robe Réforme".
Ce type de vêtement se porte sans corset, il apparait en France à partir de 1905 dans les tenues d'intérieur et les tenues de grossesse.

Extrait d'un catalogue de Mode en 1910 relatif à la chevelure:

"Grâce à des postiches démontables et transformables, on peut en un clin d'œil obtenir une coiffure de ville, de soirée, de sport, d'automobile, de bains de mer, etc... En ce moment, c'est le "calot", dit coiffure en "noix de coco", qui a toutes les faveurs des élégantes."

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Le mariage et le deuil:

".... Un jour ma mère me dit: "Puisque tu parles toujours de Madame de Guermantes, comme le docteur Percepied l'a très bien soignée il y a quatre ans, elle doit venir à Combray pour assister au mariage de sa fille. Tu pourrais l'apercevoir à la cérémonie."

"...Elle (Mademoiselle Vinteuil) était en grand deuil, car son père était mort depuis peu."

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Robe de mariée vers 1913:

Cette robe a été confectionnée pour un mariage en 1913 dans la famille du baron T... La tendance de l'époque est aux traînes plus courtes et aux manches courtes compensées par une très grande longueur de gants.

Extrait d'un ouvrage de Mode vers 1910:

"Pour la robe nuptiale, nous recommandons, avant tout, de diminuer considérablement la traine, d'enlever toutes les balayeuses et la doublure qui la soutenaient et de poser la jupe sur un fond indépendant. Le corsage sera dépouillé de ses garnitures, on l'échancrera largement devant et derrière soit en carré, soit en pointe. Les manches seront coupées juste au dessus du coude. Sur cette robe souple, on posera une tunique flottante ou un fourreau "Princesse".

Robe de deuil vers 1914-1917:

Cette tenue de deuil est respectueuse des usages de l'époque où le veuvage durait deux ans pour les femmes, néanmoins vous remarquerez toutefois que les deux pans latéraux sont ornés d'un superbe décor floral brodé de tubes de jais. Le chapeau est en crêpe noir et blanc.

Extrait d'un ouvrage de Mode vers 1910:

"Si l'on veut porter strictement un deuil de père ou de mère, on supprime absolument les bijoux pendant la première année, mais il est certain qu'à présent beaucoup de dames conservent leurs diamants aux oreilles à condition toutefois qu'ils ne soient pas entourés d'une monture fantaisie. L'or est interdit durant la durée du deuil. Le voile de deuil est une mode qui nous vient d'Angleterre et rappelle la forme du voile de Marie Stuart."

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Les tenues de ville vers 1910-1913:

"...Il monta avec elle (Odette) dans la voiture qu'elle avait dit à la sienne de suivre. Elle tenait à la main le bouquet de catleyas et Swann vit, sous son fanchon de dentelle, qu'elle avait dans les cheveux des fleurs de cette même orchidée attachées à une aigrette en plumes de cygne. Elle était habillée, sous sa mantille, d'un flot de velours noir qui, par un rattrapé oblique, découvrait en un large triangle le bas d'une jupe en faille blanche et laissait voir un empiècement, également de faille blanche, à l'ouverture du corsage décolleté, où étaient enfoncées d'autres fleurs de catleyas...

".... Mais parfois, dans un coin de cette vie que Swann voyait tout vide, ...., quelque ami qui, se doutant qu'ils s'aimaient, ...., lui décrivait la silhouette d'Odette, qu'il avait aperçue, le matin même, montant à pied la rue Abbatucci dans une "visite" garnie de skuns, sous un chapeau "à la Rembrandt" et un bouquet de violettes à son corsage."

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Tenue de ville vers 1912-1913:

La particularité de cette tenue de ville est l'échancrure importance du devant de la robe entraînant la présence d'un jabot monté sur col haut et cachant la blouse (nom donné au corsage à cette époque). La taille est placée relativement haute. Vous remarquerez la forme nouvelle du chapeau de la maison "Royal House à Paris" en forme de béret relevé agrémenté d' un ruban écossais retenu par une boucle en marcassite en forme de fer à cheval.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux ceintures:

"La taille sera soulignée par une large ceinture indépendante de la robe, cette ceinture ronde sera drapée et fermée par une grosse cocarde. La cocarde pourra être deux petites coques réunies, un chou froncé avec bouton, un plissé tourné en escargot ou une boucle rectangulaire taillée dans un carton. "

Tenue de ville vers 1910:

Cette robe est destinée à la promenade. Elle est en cachemire de laine couleur châtaigne, à parements et quilles en velours couleur chocolat. La particularité de cette robe est l'empiècement aux motifs géométriques du haut de robe en soie rose, jaune et bleu cousus au point de Boulogne et brodés de filets d'or.
Cette composition moderne se retrouve sur la calotte du chapeau en velours vert-bronze qui est garni de deux grandes pleureuses.
Cette jeune femme n'a pas opté pour un soulier derby, triomphe des marques américaines, mais a choisi un soulier "Richelieu". de marques françaises.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux chaussures:

" Pour la chaussure française, il est conseillé de mettre un lacet n° 5 et l'on commence le plus souvent par un laçage de bas en haut de manière à ce que le nœud se place sur le dessus du pied et on appellera ce nœud une " bouffette". La chaussure est à talon bottier , en chevreau ou en veau, en daim ou en toile. Cependant pour la ville, le soulier sera de préférence noir, décolleté genre "Régent" ou "Duc de Guise", en cuir verni ou chevreau verni. "

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Robe d'après-midi vers 1910-1912:

"... Un jour, peu après le retour de ces trois voyageurs, Swann, voyant passer un omnibus pour le Luxembourg où il avait à faire, avait sauté dedans, et s'y était trouvé assis en face de Madame Cottard qui faisait sa tournée de visites "de jours" en grande tenue, plumet au chapeau, robe de soie, manchon, en-tout-cas, porte-cartes, et gants blancs nettoyés."

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Cette robe d'après-midi en cachemire de laine framboise ou fuchsia est griffée "Madame FADDEN - Philadelphia". Elle est portée sur une guimpe indépendante à col debout et à manches couvrant l'ensemble du bras. A cette époque, seul le fond du corsage (doublure intérieure indépendante et cousue uniquement à la ceinture) est baleiné, le dessus restant toujours très souple, légèrement blousé devant et tendu dans le dos.
L'encolure en V est agrémenté d'un galon en velours rehaussé de broderies métalliques et terminé d'un volant en plissé bijou. Les boutons décoratifs sont particulièrement chics avec un effet de damier et sont recouverts partiellement de broderies métalliques.

Le chapeau est particulièrement volumineux avec une profusion de plumes d'autruches teintées. Sont proposées à cette époque, les plumes d'autruche en provenance du Cap-Vert ou d'Australie avec des variétés appelées" Amazone, pleureuses ou poufs..."

A cette époque, les épingles à chapeau, véritables bijoux, sont très longues et traversent totalement le chapeau et la masse de cheveux montée en calot.
Les autres bijoux couramment portés en journée sont les boucles de ceinture ou de chapeau, les boucles d'oreilles, les colliers avec pendentif, les colliers de perles fines, les sautoirs avec coulant, les bracelets, les bagues et les diverses épingles et broches. Les montres appelées à cette époque "remontoirs" sont accrochés à une broche par un mousqueton.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux épingles à chapeau:

"Les épingles suivent la mode, leurs têtes sont en forme de rose en celluloïd, nous trouvons également les épingles de tous les personnages de Chantecler (coq, poule, dindon, etc..). Également la création des embouts de protection des pointes des épingles, à cause des accidents de ces pointes. "

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Tenues d'après-midi entre 1909 et 1912:

"...Mais Odette était partie... et les regards qu'elle avait eus à ce moment-là fixés sur lui en une imploration craintive, et qui la faisaient touchantes sous le bouquet de fleurs de pensées artificielles fixé devant son chapeau rond de paille blanche, à brides de velours noir...."

"... Odette de Crécy retourna voir Swann puis rapprocha ses visites.... Il faut d'ailleurs dire que le visage d'Odette paraissait plus maigre et plus proéminent parce que le front et le haut des joues, cette surface unie et plus plane était recouverte par la masse de cheveux qu'on portait alors prolongés en "devants", soulevés en "crêpés", répandus en mèches folles le long des oreilles...: "

"... ma grand-mère, au cours de ces déambulations incessantes, de l'après-midi et du soir, où on voyait passer et repasser, obliquement levé vers le ciel, son beau visage aux joues brunes et sillonnées, ..., barrées par une voilette à demi-relevée..."

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Robe d'après-midi vers 1909-1910

Cette robe d'après midi ou de visite est en foulard de soie pervenche imprimé de petits motifs très espacés en deux teintes de rose. La mode est aux effets étagés avec volants en plissé plat caché partiellement par un effet de sur-jupe terminée par un rang de franges souligné par trois rangs de soutaches.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux matières:

"Mousseline de soie, satin à la reine, panne en velours, satin liberty, cachemire de soie, voile ninon (tissu de soie), crêpe de Chine, gaze Pompadour, loutre breischwantz (fourrure d'agneau), tussor, moire fluide, côtelés pelucheux, grosses neigeuses, diagonales glacées bleu et moire, pékinée, satin duchesse, satin soleil, satin Orion, charmeuse, drap impérial, etc..."

Tenue avec tunique vers 1911-1912:

Nouveauté très élégante, les tuniques en crêpe de Chine peint ou comme ici, en mousseline de soie et en dentelles métalliques. Elles sont indépendantes pour pouvoir les porter à volonté sur des robes différentes. Cette tunique est particulièrement intéressante par la richesse de sa composition. Deux accessoires sont prisés par les femmes élégantes, les gants et les ombrelles ou les en-cas (que Marcel PROUST appelle "en-tout-cas". Notre élégante a choisi des gants en agneau et en dentelles et une ombrelle dont l'écran est en surah ivoire bordé de satin et dont la poignée droite est en émail cloisonné. Ces deux accessoires ont vocation de protéger des actions du soleil la peau blanche de ces dames. Être bronzée à la Belle Époque n'est pas concevable, bien que les premiers hygiénistes prônent les bains de mer et les bains de lumière.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux ombrelles:

"Ce qui est frappant, c'est leur grande simplicité, sans garnitures encombrantes, ils sont dorénavant adaptés à leur destination utilitaire. Leurs manches en bois laqué ou en jonc recourbé sont terminés en outre par une large roulette (sorte d'énorme bouton plat). Sur cette roulette peut figurer un masque aplati d'un singe, d'une chouette, des volutes de coquille de limaçon et, mis à la mode cette année là, des têtes de chien, de canard, de faisan, de merle, de cigogne, de hibou, de coq, etc.."

Costume-tailleur vers 1909-1910:

Le costume tailleur ou la robe-tailleur n'admet, pour les étoffes, ni variétés, ni fantaisie. Celui-ci est en drap aux nuances nouvelles de fin d'été dans les teintes mordorées avec application de soutaches ton sur ton aux motifs de fleurs et de multiples boutons décoratifs. Il s'accompagne d'un chapeau en crin noir monté sur sparterie, garni d'un oiseau au naturel et de plumes d'autruches noires, d'une plume blanche et de deux grandes plumes faites en tagal teinté vert et marron.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux chapeaux:

"Les chapeaux en 1910 sont en crin tressé, en tulle, en paille de soie irisé ou multicolore, en paille yedda, en paille d'Italie, en paille de riz, en tagal, en sparterie ou en laiton. Ils peuvent atteindre un diamètre de 1m60 de circonférence.

Leurs garnitures sont faites soit en rubans, en fleurs, en plumes ou en paille tressée. Les plumes utilisées sont, entre autres, des plumes d'oiseaux de paradis, d'aigrettes montées en crosse, d'aigrettes couchées ou montées en "barbe de chat" ou des amazones pleureuses à brins noués dont l'extrémité seule sera frisée.

Les plumes se teignent dans toutes les nuances à la mode. Les chapeaux pourront également avoir des fantaisies telles que des cabochons, cocardes, losanges de paille, galons, etc..

Les voilettes sont en chantilly à grands ramages. A signaler : "Aussi aux femmes sensées, pour qu'elles s'en gardent, les tulles craquelés semés de larges feuilles ou de fleurs très espacées qui, à quelque distance, simulent les plus horribles affections cutanés, et, tantôt privent le visage d'un œil, tantôt mettent un trou noir à la place de la bouche".

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Les tenues de soirée:

".... Odette avait soif de chic... Et si Swann lui demandait ce qu'elle entendait par là, elle lui répondait avec un peu de mépris: - Mais les endroits chics, parbleu! Si à ton âge, il faut t'apprendre ce que c'est que les endroits chics, que veux-tu que je te dise, moi? Par exemple, le dimanche matin avenue de l'Impératrice, à cinq heures le tour du lac, le jeudi l'Eden Théâtre, le vendredi l'Hippodrome, les bals... - Mais quels bals? -Mais les bals qu'on donne à Paris, les bals chics, je veux dire..."

"...Là, comme au fond de tous les divertissements, repas, musique, jeux, soupers costumés, parties de campagne, parties de théâtre, même les rares "grandes soirées" données pour les "ennuyeux", il y avait la présence d'Odette, la vue d'Odette, la conversation avec Odette...."

"...tant le corsage, s'avançant en saillie comme sur un ventre imaginaire et finissant brusquement en pointe, pendant que par en dessous commençait à s'enfiler le ballon des doubles jupes, donnait à la femme l'air d'être composée de pièces différentes mal emmanchées les unes dans les autres; tant les ruchés, les volants, le gilet suivaient en toute indépendance, selon la fantaisie de leur dessin ou la consistance de leur étoffe, la ligne qui les conduisait aux nœuds, aux bouillons de dentelles, aux effilés de jais perpendiculaires, ou qui les dirigeait le long du busc, mais ne s'attachaient nullement à l'être vivant, qui selon que l'architecture de ces fanfreluches se rapprochait ou s'écartait trop de la sienne, s'y trouvait engoncé ou perdu."

Les modes au fil du temps

Robe de bal vers 1909-1910:

Robe griffée "LAFERRIERE" réalisée pour un premier bal vers 1909-1910 dans un satin de soie appelé "merveilleux" de couleur vert d'eau joliment brodé d'un décor d'un phénix dont le corps et la tête ont été réalisés en paillettes transparentes et les ailes en perlage de tubes de verre blanc, de perles de couleurs complété de cabochons en turquoise. Sortent du bec trois jets de flammes en strass. Ce décor de phénix est repris en ceinture sous la poitrine. Cette jeune femme porte une étole en dentelle noire lamée argent, terminée par deux glands en passementerie. Un autre accessoire a les faveurs de ces élégantes, l'éventail. On en fait de deux spécimens, le modèle à la Fontanges, tout en hauteur et le modèle ballon.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux couleurs en vogue et aux étoles:

" Couleurs turquoise morte, vert lumière, bleu nattier, violine, vert algue, gris argent, tilleul, pervenche, réséda,etc ... Les étoles et les écharpes sont très larges et très longues, droites en crêpe de Chine ou en Liberty. La dimension de ces écharpes en font un véritable vêtement. Dernière nouveauté, les écharpes étroites de 40 cm, elles se resserrent au bout par une pendeloque. Il se portait également des boas, pèlerines et colliers d'autruche frisée ou en marabout."

Robe de grand dîner vers 1913:

Un autre moment fort de la soirée d'une élégante était le grand dîner, occasion de se montrer en grande tenue sans excès au niveau du décolleté, voire même, comme ici pour une femme mariée, une tenue alliant sobriété des lignes et suggestions par les transparences. Cette ensemble est relativement moulant et demande donc une plastique irréprochable et une certaine opulence des formes. Les femmes un peu trop sveltes et graciles pouvait y remédier en posant sous le corsage, comme ici, une garniture légère composée de quatre rangs de petits volants étagés ou encore un "ampliforme" qui donnait à leur poitrine la plénitude voulue.

Extrait d'un ouvrage de mode en 1910 relatif à un menu de dîner de réception:

"Un menu pour un diner de réception pouvait comprendre un potage velouté, suivi d'une dorade à la portugaise, d'une dinde braisée chipolata avec des épinards à la flamande et terminé par une bombe Montmorency"

Robe de bal vers 1909-1910:

Cette robe est caractéristique des robes entraves et étagées avec à chaque niveau un matériau différent: un satin de soie gris argent, puis, sur un fond de crêpe des Indes couleur mandarine terminé par une frise de dentelles de soie, un voile de mousseline brodé notamment de motifs floraux au fil de soie floche rose et aux fils d'or et argent. Le bas de robe est entravé par un pan se terminant par un chou à hauteur du mollet.

Le haut de robe en mousseline est brodé de même et complété d'un motif de papillon brodé d'or, de perles et tubes blancs et jaunes, de strass et de cabochons de turquoise. Pour une tenue de bal, les élégantes ne portaient pas de chapeaux mais des ornements de tête.

Un autre accessoire a les faveurs de ces élégantes, l'éventail. On en fait de deux spécimens, le modèle à la Fontanges, tout en hauteur et le modèle ballon, doucement évasée, comme celui-ci à la monture en os gravé et perlé et à la feuille en mousseline et en tulle peint de fleurettes roses et blanches et rehaussé de mini-sequins or et argent.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux jupes entraves:

"On avait ri tout d'abord à l'apparition de ces jupes resserrées ou bridées au niveau des mollets avec un tour ramené entre 1m50 et 80cm. Ce resserrement produisait un étranglement, une gêne et un supplice pour la marche, et de nombreuses chutes dues à cette étroitesse. Pour ne pas tomber, il fallait avancer à petits pas glissés. telle une geisha."

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Robe d'été vers 1911

"... Dans l'échancrure de son corsage de crêpe, Mademoiselle Vinteuil sentit que son amie piquait un baiser, elle poussa un petit cri, s'échappa, et elles se poursuivirent en sautant, faisant voleter leurs larges manches comme des ailes et gloussant et piaillant comme des oiseaux amoureux..."

Les modes au fil du temps

Pour sa première venue sur la côte fleurie, cette demoiselle espère séduire par cette tenue fraiche.
Elle porte une robe d'été en gaze à broderie blanche à motifs de fleurs et de frises à la grecque et bordée de broderie anglaise.

Une ceinture en crêpe de mousseline bleu marine marque la taille dont le pan avec franges est rehaussé de petits boutons. Elle porte un petit sac en perles d'acier façon "Berlin" à l'imitation de la cotte de maille avec un fermoir en acier ciselé.

Extrait d'un ouvrage de Mode en 1910 relatif aux sacs à main:

"Les sacs à mains à cette époque vont de la sacoche, au porte-trésor, à la pochette, à un cabas, au sac aumônière, au sac ballon, au sac en mailles ou en tricot, au sac trapèze, au sac vanity, au sac de théâtre, au réticule, au sac en perles blanches ou dorées, ou en perles d'acier."

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Les modes au fil du temps

Remerciements

Réjane et Daniel LABBÉ tiennent à remercier de leur passage à l'exposition Mesdames et Messieurs Tristan DUVAL et son épouse, Jean-Léonce DUPONT, Anny DUPEREY, Virginie BUSCAIL, Nadine PIERRE et Anne-Lise GASTALDI du Trio George Sand, Bertrand CHAMAYOU, Mauro LANZA, Jeff COHEN, Laure HILLERIN, Luc FRAISSE, Catherine de la VILLEBRUNE, et bien d'autres qui sont venus incognito.

Ils remercient Corinne DUPONT et toute l'équipe du Grand Hôtel pour leur accueil.

Un grand merci à Pierre IVANOFF pour la confiance qu'il a donné à notre association LES MODES AU FIL DU TEMPS.