Des vêtemenst d'enfants en Bretagne entre 1790 et 1914

Des vêtemenst d'enfants en Bretagne entre 1790 et 1914

introduction

L’exposition « les modes enfantines » qui avait été présentée par le Musée Galliera en 1979 nous avait permis de découvrir les costumes d’enfants en France.

L’exposition de 2001 intitulée « la mode et l’enfant entre 1780 et 2000 » est encore aujourd'hui la référence en matière d’histoire de la mode enfantine en France.

Par contre, l’histoire de la mode enfantine en Bretagne reste encore à écrire.

Je n’aborderai pas aujourd’hui l’habillement des classes bourgeoises et aristocratiques, ni les uniformes des lycées, collèges et pensions.

Notre intervention se limitera à éveiller votre curiosité sur les modes modes vestimentaires au quotidien en Bretagne entre 1790 et 1914.

Détail d'un dessin de François VALENTIN en l'an VI vers 1797-1798

Les modes au fil du temps

Détail d'une lithographie de COME et BONNETBEAU d'après un dessin de BARRET vers 1835, illustrant l'édition de 1836 du "Voyage dans le Finistère" effectué en l'an III (1794-1795) de Jacques CAMBRY (1749-1832)

Contextes sociaux économiques:

La Bretagne se caractérisait tout au long du XIXème siècle par la prédominance de sa société rurale. Le monde rural avait été, de tout temps et de tous lieux en France, beaucoup plus stable que les autres milieux sociaux.

Solidement ancrés dans la réalité concrète de la terre nourricière, au contact de la nature et soumis au rythme renouvelé des saisons, les paysans étaient restés beaucoup plus traditionalistes que les citadins, tentés par les modes éphémères.

En milieu rural, les innovations, lorsqu’elles étaient acceptées, venaient seulement se superposer à ce qui existait auparavant.

La civilisation paysanne conservera longtemps les traces de ses structures, ses rites, ses croyances et ses pratiques extrêmement archaïques.

En résumé, les traditions se maintenaient, malgré l’évolution du monde, les paysans et les citadins étaient souvent des étrangers entre eux. Chacun se moquant souvent de l’autre.

En 1830, on comptait en Bretagne plus de 75% de ruraux. Le chemin de fer n’était pas encore venu troubler le silence des paysages, ni rapprocher les bourgs des grandes villes, ni rompre l’isolement des villages ou hameaux perdus.

L’originalité de la société bretonne attirait alors l’attention des folkloristes et des érudits bretons et de nombreux documents ne manquaient pas pour reconstituer la vie quotidienne dans les campagnes d’Armorique du début du XIXème siècle et jusqu’au début du XXème siècle.

La guerre de 1914-1918 entraînera une brutale rupture dans la vie quotidienne des paysans en Bretagne et le machinisme viendra ensuite rapidement transformer les agriculteurs en petits industriels.

Les modes au fil du temps

Détail d'une autre lithographie d'après un dessin de BARRET vers 1835

Les modes au fil du temps

Le cadre de la vie rurale au début du XIXème siècle:

Dessin d'Olivier PERRIN (1761-1832) intitulé "Le travail", étude préparatoire à la Galerie des moeurs, usages et costumes" parue en 1808

Au début du XIXème siècle, la Bretagne était effectivement encore en grande partie recouverte de landes et enfermée dans le quadrillage de parcelles aux talus plantés de chênes.

Elle vivait repliée sur elle-même, souvent pauvre et isolée du reste du monde. Au delà de l’étroite zone côtière plus favorisée par la qualité de ses sols amendés, la campagne intérieure était moins avantagée car moins fertile.

Plus à l’intérieur encore, le sol plus aride laissait place à une région déshéritée de landes d’ajoncs, de bruyères et de bois.

Les routes et les chemins reliant les bourgs et les hameaux étaient en mauvais état et constituaient de véritables labyrinthes.

Les hameaux étaient, pendant la plus grande partie de l’année presque coupés du reste du monde, car l’eau stagnait et rendait certains chemins difficilement praticables.

Les modes au fil du temps

Lithographie d'après Olivier PERRIN dans l'ouvrage paru en 1838 sous le titre "Breizh Izel ou la vie des bretons de l'Armorique"

Le paysan du XIXème siècle vivait confiné dans les limites de sa ferme, de son hameau et de son voisinage immédiat.

L’habitat breton était particulièrement dispersé, expliquant bien les particularités de la vie paysanne bretonne.

Tous les habitants de la ferme formaient une communauté de travail comprenant le maître, sa famille et ses domestiques. Ils vivaient tous des produits de l’exploitation et supportaient de la même façon les effets de la misère ou de la prospérité. Ils étaient étroitement liés les uns aux autres.

Au-delà de cette communauté à l’échelle de la ferme, il en existait une plus vaste entre toutes les fermes d’un même hameau ou de plusieurs hameaux regroupés.

Cette union était nécessaire pour les gros travaux de défrichement, de fenaison, de moisson ou de battage.

Les modes au fil du temps

L'enfant au berceau

Dès le lendemain de la naissance et selon un vieil usage, le nourrisson était à longueur de temps emmailloté, comme une momie, dans un lange et des bandelettes.

Alexandre BOUET commente ainsi le dessin d’Olivier PERRIN: La mère a déjà croisé le linge qui va le priver du mouvement des bras… En roulant par-dessus le maillot une longue bandelette de lisière de gros drap de Vire ou de Montauban, dont les anneaux multipliés et serrés avec force l’empêcheront de se mouvoir

Le nourrisson était prisonnier de son emmaillotement et ne pouvait guère bouger que la bouche et les yeux.Il restait dans son berceau pendant dix ou onze mois et n'était délivré de son emmaillotement que vers le onzième mois.

Les modes au fil du temps

Lorsque sa mère travaillait aux champs ou comme journalière, elle l’emmenait aux champs dans une corbeille.

L'emmaillotement servait à façonner le corps du bambin. Il aidait à maintenir les jambes droites, à conserver la chaleur, permétait le transport facile de l’enfant et le protègait des agressions.

Cette coutume ancestrale et de culture paysanne, évoluera progressivement avec une diminution de la durée de l’emmaillotement et un assouplissement de sa mise en œuvre.

L’emmaillotement ne prendra bientôt plus les épaules, libérant ainsi les bras. Il faudra attendre le début du XXème siècle pour que se perde l’habitude d’enserrer et de momifier l’enfant, mais il ne sera délivré des langes que vers l’âge de quatre à cinq mois.

Les nouveautés du début du XXème siècle venaient souvent s’ajouter aux vêtements antérieurs qui étaient parfois relégués à des usages plus restreints.

Détail d'un tableau de Georges-Alexandre FISCHER (1821-1890) vers 1860-1865

Les modes au fil du temps

La petite enfance

Quant l'enfant savait marcher, il allait pieds nus en été, et sinon, il enfilait des bas en laine tricotée main ou en piqué de coton et il portait des petits sabots ou des souliers dans les familles les plus aisées.

Qu'il soit fille ou garçon, il était habillé d'une chemise de corps souvent taillée dans du vieux linge souple avec des manches mi longues et d'une robe de grosse laine appelée aussi cotte ou cotillon, dont on défaisait les plis au fur et à mesure de sa croissance.. Il ne la quittait guère avant l’âge de cinq ou six ans, date d’entrée à l’école.

L’une des raisons de la disparition progressive des robes de garçon sera le développement des magasins de confection avec l’adoption d’une normalisation dans les tailles.

Cette robe se complétait généralement d’un mouchoir de cou ou fichu qui, une fois plié en pointe, se croisait très serré sur la poitrine. Un tablier en cotonnade ou selon son appellation ancienne de « devantier » complétait souvent ce costume.

Illustration de Randolph CALDECOTT (1846-1886) dans l'ouvrage "Breton Folk" en 1880

Les modes au fil du temps

La tête de l’enfant était protégée par un béguin en toile fine maintenu sur la tête par une coulisse nouée et complété par un bonnet à quartiers qui couvrait bien les oreilles et qui s’attachait sous le menton par une bride nouée.

Le béguin disparaîtra progressivement pour laisser la place sous la Restauration au béguin-bonnet. Pour les fêtes, il sera en soie avec pour les filles un élégant nœud en soie sur le coté, ou à l’arrière comme dans la région du Faou avec un nœud en velours noir. Il est souvent bordé d’un ruban plissé soigneusement en ruché.

Le bonnet des garçons comportait parfois un gland de laine ou de passementerie métallique par derrière.

détail d'un tableau d'Edouard DOIGNEAU (1865-1954) d'une fillette bigoudène vers 1905

Le premier habit de la fillette

La fillette était très tôt habillée comme sa mère, si ce n’est qu’elle conservait en général jusqu’à sa puberté le béguin et le bonnet à la place de la coiffe.

La robe à manches longues comportait un ourlet fort large que l’on diminuait peu à peu quand la fillette grandit. On retaillait souvent dans les vieilles robes des mères, ou même, des grand-mères, d’où la persistance des couleurs privilégiées dans certains terroirs.

Une petite collerette de dentelle blanche entourait souvent le cou et des manchettes garnissaient le bas des manches.

Quand elle quittait le béguin ou le bonnet pour la coiffe, son petit visage était souvent perdu sous une coiffe trop grande pour elle.

Les modes au fil du temps

Sur son vaste cotillon de lainage, elle portait un grand tablier de cotonnade uni, quadrillée ou à rayures avec ou sans bavette cousue ou non.

Dans les pays où le châle était de mode, la fillette portait aussi un mouchoir de cou, le « mouchoué » ou un petit châle.

Dans certaines régions et comme transition entre le bonnet et la coiffe, le bonnet était remplacé par une sous-coiffe ou un béguin en filet attaché par une bride nouée sous le menton ou latéralement.

Détail d'un tableau vers 1885 d'Emma HERLAND (1855-1947)

Les modes au fil du temps

Le premier habit du garçon:

Vers l'âge de six ans, le garçon de Basse-Bretagne revétait son premier bragou avec guêtres (bragou bras bouffant en drap de berlinge, de lin ou de chanvre ou bragou ber de même tissu mais non bouffant) ou encore son premier pantalon à pont ou long et droit, uni ou à rayures et sa première veste courte avec ou sans gilet.

Cette étape marquait son ascension au rang de « grand » et il passait alors de l'autorité maternelle à la coupe paternelle.

Dans son ouvrage « Breiz Izel », Alexandre BOUET commente en l’an VII le premier habit d’homme de Corentin en pays de Quimper. Comme on le voit, l’habillement de Corentin ne diffère en rien de celui d’un homme adulte de Cornouaille.

Détail d'un tableau d'Olivier PERRIN (1761-1832) du Champ de foire à Quimper en 1811

Les modes au fil du temps

L’usage voulait en Bretagne que le premier habit du garçon, confectionné par le tailleur local, soit absolument semblable à celui traditionnel des hommes.

L’usage s’instaura cependant peu à peu de le remplacer, pour tous les jours, par des vêtements de formes plus simples, tels qu’une blouse de coton, un pantalon droit ou à pont et, sur la tête, un bonnet de pêcheur ou un béret.

Les gravures représentent souvent les enfants pieds nus et plutôt déguenillés. On ne faisait guère de toilette pour aller garder les vaches. Les cheveux étaient taillés au bol.

En Basse-Bretagne, la veste ou chupenn, le bragou ou le pantalon long et le chapeau rubané de velours étaient réservés aux dimanches et aux jours de fête.

Les autres jours et en Haute-Bretagne, le costume de garçon n’avait souvent pas grand chose de local, avec la chemise de lin, le maillot, le pantalon droit, le béret sur la tête et les pieds nus ou avec bas ou chaussettes en laine tricotée dans des sabots ou des souliers cloutés.

Détail d'une photographie vers 1900 d'Emile HAMONIC (1861-1943) à la Croix Mathias à Saint-Brieuc

Les dimanches et jours de fêtes

Les filles

Les fillettes étaient habillées comme leur mère d’une robe parfois galonnée ou brodée ou orné de rubans ou de bandes de velours noir.

Suivant les régions, un corselet lacé devant ou un tablier bloquait un mouchoir de cou ou un petit châle.

Elles portaient la coiffe ou, si elles étaient encore trop petites, un nouveau bonnet que l’on tâchait de réaliser plus beau que le premier avec des rubans de soie aux tons chauds et vifs complétés de rubans métalliques ou de galons de fehl d’or et d’argent et brodé de laine comme dans le pays léonard ou le pays paludier ou encore de paillettes, de sequins et de clinquants. Certains bonnets étaient bordés devant d’une dentelle plissée en ruché.

C’était le grand luxe de la première enfance, dont les jeunes mères se montraient particulièrement fières.

Au début du XXème siècle, les bonnets seront simplifiés avec une déclinaison de tissus de coton imprimé bordé de ruban de soie ou de velours et ornés de perles de verre.

Peu ou pas de bijoux en général. Elles portaient souvent, pendues au cou, des médailles à l’effigie de la Sainte-Vierge ou des saints patrons du pays, des chaînes, des cœurs ou des croix.

Les bottines des filles étaient toujours bien cirés, avec des bas, également noirs et à côtes.

ci-dessous détail d'une photo de famille de Plougastel-Daoulas début XXème

Les modes au fil du temps
Les modes au fil du temps

Ci-dessus détail photo de mariage en Pays Rennais à la fin du XIXème- Coll Antiquités Ravier

Les garçons

Les garçons avaient selon la mode locale, leur bragou-braz ou bragou-ber ou leur culotte mi-longue ou leur pantalon droit ou à pont, leur gilet décoré de quelques broderies ou de galons nuancés de jaune et de rouge rappelant de loin la vivacité des couleurs du costume paternel et doté de deux rangés de boutons aux reflets dorés ou argentés et leur chupen ou veste courte.

Un large chapeau noir avec ou sans rubans, avec ou sans boucles était plaqué en arrière de la tête et laissait le front dégagé.

Les brodequins de cuir noir étaient toujours bien cirés.

Les modes au fil du temps

ci-dessus détail carte postale, enfants des environs d'Hennebont début XXème

Conclusions

Pour les enfants de paysan breton, la façon de se vêtir était l’occasion d’affirmer ce qu’ils étaient.

Chacun tenait, les dimanches, les jours de fête ou lors des foires importantes, à ce qu’en le voyant, on sache à quel catégorie social il appartenait, quel métier exerçait ses parents et quel était leur rang dans cette société rurale.

Plus tard, on pourra même connaître leur situation familiale et parfois même leurs opinions.

En conclusion, le costume des enfants tenait lieu de carte de visite pour toute la famille.

Observation à nos lecteurs:

Cet article a été très synthétisé, il ne reprend que partiellement une conférence d'une heure environ donnée à deux reprises.

Sources

Ouvrages de Jacques CAMBRY, Emile SOUVESTRE, Anthony TROLOPPE, Paul SEBILLOT, Narcisse QUELLIEN, Anatole LE BRAZ, Octave-Louis AUBERT, Henri-François BUFFET, Jean CHOLEAU, René-Yves CRESTON, Pierre AMIOT, Simone MORAND, etc....

Iconographies de François VALENTIN, Olivier PERRIN, Prosper SAINT-GERMAIN, François-Hippolyte LALAISSE, Louis CARADEC, Alexandre DARJOU, Adolphe LELEUX, Georges FISCHER, Joseph GRIDEL, Noëllie COUILLAUD, Victor L'HUER, Edouard DOIGNEAU, etc....

Photographies de VILLARD, HAMONIC, WARON, BINET, etc...